Je suis la Coupe de l’America de deux manières. En tant que marin, d’abord, parce que ça m’intéresse et que c’est ce qui se fait de mieux en matière de course inshore. Je la regarde aussi en tant qu’organisateur d’événement nautique, pour apprendre. Et je me sens parfois désolé pour ceux qui l’organisent car ils ont reçu un événement compliqué à communiquer !

 

Beaucoup de personnes parlent de la Coupe, beaucoup de personnes donnent leur avis. Les critiques sont nombreuses, c’est vrai. Mais elles devraient être plus constructives car en critiquant sans distinction, on oublie des éléments et ça ne fait pas de bien à notre sport.

 

Il faut d’abord se rappeler ce qu’est la Coupe de l’America. On la compare trop à une régate normale. Si c’était une course comme les autres, Larry Ellison n’y participerait pas et la plupart des équipes présentes ne s’y intéresseraient pas non plus. La Coupe, c’est l’histoire d’un Defender et de ses Challengers. La défense et l’attaque.

 

Le vainqueur de la précédente édition est aussi l’organisateur de la suivante, et il veut garder le trophée. Il ne s’agit pas de rassembler une flotte immense, il ne s’agit pas de mettre en place des régates serrées. C’est la dernière chose que le Defender souhaite !  Oracle et Ellison ne veulent pas être battus par Luna Rossa ou ETNZ. De ce point de vue, la tactique de cette Coupe 2013 est parfaite. À Alicante, nos objectifs sont différents. On n’essaye pas de gagner la course et cette nuance est importante.

 

Et le bateau. C’est un support intéressant pour la Coupe, puisque c’est une épreuve de technologie et d’innovation. Certes, j’aimerais que les équipes aient une marque de fabrique nationale plus forte, j’aimerais qu’elles utilisent uniquement l’industrie nautique de leur pays. Et toute cette casse est triste. Les seuls moments excitants, ce sont quand les bateaux sont proches – ce qui est rare – ou quand ils ont un souci – ce qui est trop fréquent. Mais les AC72 sont fascinants.

 

Un vrai problème, c’est le faible nombre de bateaux et leurs différences de niveau. Lors de la dernière Volvo, la flotte était petite avec seulement six bateaux, mais c’est un plateau très resserré. L’homogénéité des concurrents est cruciale pour l’intérêt de la course. S’il y a une grande différence de performance entre deux AC72, le public peut s’intéresser à un ou deux matchs … Pas 20.

 

Autre souci, les promesses faites au début. On nous a promis des régates au contact, une flotte nombreuse. Il faut se méfier des annonces, surtout si elles sont contraires à l’essence de la compétition.

 

Mais il ne faut pas non plus oublier qu’ils ont développé des technologies géniales ! La présentation de la course à l’écran et les graphiques sont fantastiques. Production en direct, caméras embarquées : c’est excellent. J’ai hâte de voir quelle audience sera touchée lors des matchs de la Coupe elle-même, après la Coupe Louis Vuitton.

 

Une dernière chose sur laquelle je garde un œil, c’est la protestation contre Oracle en AC45. Cette situation nous parle beaucoup, car la structure à venir pour le Volvo Ocean 65 sera similaire.

 

Je lis aussi beaucoup les commentaires – les critiques comme les remarques positives. On ne sait jamais dans quelle mesure ces commentaires sont représentatifs du public, mais je suis surpris par ce qui se dégage de tous ces retours.

 

La vitesse n’affecte pas tant que ça les spectateurs. Ce qu’ils semblent vouloir, c’est du contact, des bateaux proches, de la bagarre. Ce qui me conforte dans le choix de la monotypie pour les deux prochaines Volvo Ocean Race.