Magnus à son arrivée victorieuse à Rio en 2009. © Rick Tomlinson/Volvo Ocean Race

Magnus à son arrivée victorieuse à Rio en 2009. © Rick Tomlinson/Volvo Ocean Race

 

Perdre Magnus Olsson le 20 avril dernier était une terrible nouvelle. Beaucoup d’hommages lui ont été rendus, un nombre incroyable de personnes ont exprimé leur peine. Sans rajouter à ce qui a déjà été dit, je crois qu’on peut en tirer quelque chose de positif.

 

Magnus incarnait la raison même pour laquelle j’ai commencé à naviguer. Il vivait en profitant à fond de ce qu’il faisait, il savait se souvenir que cette chance fantastique justifiait les souffrances et les sacrifices liés à la voile. Il partageait sa joie avec tout le monde.

 

Je crois que son décès a révélé combien de personnes étaient d’accord avec lui. On a trop tendance à oublier la part de plaisir et de bonheur de notre sport. La voile devient parfois trop professionnelle, trop dure, trop froide. Pour Magnus, il s’agissait de vivre et de partager ses émotions.

 

Je n’ai pas été surpris par le nombre de personnes touchées par Magnus, mais la valeur de leurs témoignages m’a marqué. Cette réaction m’a montré que tout le monde aimait ce qu’il faisait. Alors pourquoi ne pas tous suivre son exemple ? Avec ses amis, nous nous sommes demandés comment ne pas l’oublier, combien perpétuer son esprit.

 

Il me semble que c’est notre responsabilité. Pas seulement celle de la Volvo mais celle du milieu nautique en général.

 

Dans mon bureau, il y a ce portrait de lui à l’arrivée à Rio en 2009 – j’aimerai avoir plus de photos de ce genre, avec plus de personnes. Parce qu’on devrait tous célébrer nos victoires comme Magnus le faisait.

 

Il laisse derrière lui un grand vide mais aussi une raison de réfléchir à notre enthousiasme et à notre amour pour ce sport. Il a touché des gens dans tous les pays du monde – on le voit aux commentaires sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Il laisse une impression très forte avec un message très simple : la voile est un sport fantastique, j’aime ce que je fais et j’en profite.

 

Il ne s’agit pas de copier Magnus ou d’essayer d’être aussi sensible que lui, mais plutôt de se demander pourquoi on fait ça. Notre sport est fort des passions qu’il anime. Ce n’est pas qu’un exercice physique. La voile a une autre substance.

 

L’autre chose, c’est que Magnus croyait en tous ceux qu’il rencontrait. Il était convaincu que tous, petit, grand, gros, homme, femme, jeune, vieux, faible, fort, pouvaient réussir. Il avait raison. Pour naviguer, il faut tellement plus qu’un bon CV ou un bon niveau. Avec les bonnes motivations, beaucoup d’équipiers peuvent exceller. Grâce à Magnus, beaucoup de personnes ont pu faire leurs preuves. J’étais l’un d’entre eux. Quand j’étais jeune, je n’avais aucune expérience au large, juste l’olympisme. Magnus m’a fait confiance, m’a convaincu de tenter ma chance.

 

Lui-même en était l’exemple le plus probant puisqu’il était boiteux à la naissance. Il n’était pas du tout prédestiné à être un bon athlète ! Malgré ça, il est devenu un marin de haut niveau, un excellent skieur, un très bon golfeur et tennisman … Pour lui comme pour beaucoup de ceux qu’il a encouragés, sa carrière nautique s’est jouée au mental.

 

Sa disparition m’a beaucoup fait réfléchir. Comment prendre son relais ? Je garderai sa photo dans mon bureau et m’efforcerai de garder son amour du sport et des gens à l’esprit.

 

N’oublions pas Magnus.