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Monthly Archives: mars 2013

À qui la faute ?

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Vous êtes français et vous aimez la voile ? En ce moment, vous suivez sans doute la Transat Bretagne – Martinique.

 

Je suis norvégien et j’aime la voile, je suis cette course et surtout celle de ma compatriote Kristin Songe –Moller. Je suivais sa course jusqu’à ce qu’elle démâte samedi dernier.

 

Je connais et je soutiens Kristin depuis longtemps. Pour moi, les marins plus âgés, ou retraités, ont une vraie responsabilité vis à vis des juniors. En France, il y a de très bonnes personnes qui se chargent de donner des conseils et de donner l’exemple, comme Mich Desj’. La communauté de la voile est proche et soudée et c’est une bonne chose : un jeune footballeur ne pourrait sans doute pas recevoir les mêmes conseils d’un Zidane que Gabart d’un Desjoyeaux.

 

Kristin m’a contacté il y a de nombreuses années et nous sommes toujours restés proches. En Scandinavie, les enfants sont très gâtés et abandonnent souvent la voile vers 18 ans, quand ça se complique … Kristin m’a impressionné par son engagement total et son sens du sacrifice. Elle n’a pas encore de véritable sponsor, elle a tout misé sur cette course … Et elle a cassé son mât le 23 mars.

 

Evidemment, j’étais vraiment déçu en l’apprenant. Son objectif était de terminer, elle naviguait de façon conservative et je ne sais pas pourquoi elle a démâté (elle est arrivée au Portugal ce matin sous gréement de fortune).

 

Mais casser son mât, comme le reste des avaries possibles à bord d’un voilier, fait malheureusement partie de notre sport ! Peu de marins professionnels n’ont jamais démâté. C’est un mauvais épisode qui nous apprend malgré tout beaucoup sur notre équipement et nous donne confiance en nos capacités. On apprend à survivre et à réparer. La prochaine fois que Kristin partira au large, elle aura encore plus confiance en elle-même parce qu’elle saura gérer ce type de situation.

 

Kristin Songe-Moller, skipper du Figaro Sponsor Me - Transat Bretagne-Martinique. © Alexis Courcoux

Kristin Songe-Moller, skipper du Figaro Sponsor Me – Transat Bretagne-Martinique. © Alexis Courcoux

 

La voile est un sport technologique, la casse matérielle en fera toujours partie. Mais ce n’est pas une bonne chose pour autant. Personne ne souhaite que les bateaux cassent. Pour les marins, c’est un apprentissage difficile à gérer. Pour les organisateurs, c’est le cauchemar.

 

Pourquoi ? 1 – une fois au large avec un bateau cassé, les risques augmentent et les marins sont en danger. 2 – ce n’est bon ni pour les sponsors ni pour le public qui suit la course.

 

La voile doit s’améliorer dans ce domaine. Au sein d’une très grande flotte, la casse est normale et quasi inévitable. Mais au plus haut niveau, ça ne devrait pas arriver. Les enjeux sont trop importants.

 

C’est intéressant de voir comment d’autres sports très tournés vers la technologique, comme la Formule 1, se sont adaptés et déplorent aujourd’hui moins d’avaries. La voile y vient, mais certaines de nos règles ne sont tout simplement pas assez bonnes.

 

Pour moi, il y a deux types d’erreurs : l’erreur humaine et la casse matérielle.

 

Tous les bateaux de très haut niveau – les IMOCA 60, les multicoques de la Cup ou les monocoques de la Volvo – sont sensibles à l’erreur humaine. Si vous avez trop de toile, si vous empannez au mauvais moment, vous cassez votre gréement. Ces bateaux ne sont pas faciles d’usage. C’est bien comme ça, c’est bien que le sens marin prime.

 

Mais le vrai problème, c’est la casse matérielle. Elle est en partie inévitable mais parfois, trop souvent, les bateaux ne sont pas assez bien dessinés ou construits, ils ne sont pas assez résistants. Ça, ce n’est pas acceptable. Quand quilles ou mâts sont « supposés » être assez solides et qu’on y va quand même.

 

Maintenant que je suis de ce côté de la table, je me pose cette question : qui est responsable de cette prise de risques ? Les organisateurs ou les marins ? L’une des règles de la Volvo, et c’est la même chose pour les autres courses, c’est que c’est la fiabilité du bateau est la responsabilité du skipper. C’est la même chose pour n’importe quel bateau de croisière ou de régate, en fait : le skipper est responsable du bateau, des décisions prises et des manœuvres.

 

MAIS en tant qu’organisateurs, notre influence est cruciale. Si on crée des règles de course qui bénéficient à ceux qui prennent des risques, nos événements prendront cette direction. Parce que le cerveau humain est comme ça : entre la sécurité et la compétitivité, il choisira toujours la compétitivité. Si demain, la Volvo retire toute limite de poids sur ses mâts, les mâts seront de plus en plus légers, jusqu’au delà du raisonnable, et finiront par casser.

 

Fixer une vraie limite, une limite juste, est la responsabilité des organisateurs. Sans ça, il y a trop de casse. Il y a toujours un concurrent pour terminer la course malgré la prise de risques mais c’est, je pense, au détriment du sport en général.

 

Les skippers seront toujours les premiers responsables et c’est normal. Mais nous, les organisateurs, devons prendre conscience des conséquences de nos décisions.

Deuxième puzzle

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La semaine passée, je vous ai parlé de mon puzzle préféré, l’élaboration du parcours de la Volvo. Cette semaine, un autre rubicube intéressant : le nouveau bateau !

 

Vous le savez sans doute, le support des deux prochaines éditions de la course sera un monotype de 19,8 mètres de long, le Volvo Ocean 65. Notre organisation a fait appel à quatre chantiers européens pour le construire. Le chantier vannetais Multiplast se charge du pont, Persico (Italie) construit la coque, Decision (Suisse) les cloisons, et Green Marine (Angleterre) s’occupe de l’assemblage final.

 

Aujourd’hui, la construction rentre dans une phase passionnante. Les grandes pièces du premier modèle sont terminées : la première coque quitte Persico ce soir et le premier pont quitte Multiplast la semaine prochaine. Les deux éléments vont rejoindre Green Marine par la route pour y être assemblés. C’est là que le puzzle commence à prendre forme …

 

Je crois que c’est la première fois qu’un projet de ce type est mené à cette échelle. Il y a eu des bateaux de course construits en série, des projets longs et complexes comme les MOD70, mais ce bateau est plus détaillé. Tout y est inclus : les systèmes télé et tout le matériel nécessaire pour naviguer autour du monde … C’est une monotypie d’un nouveau niveau.

 

Nous avons décidé dès le début qu’il était crucial que tous les bateaux soient strictement identiques. Et c’est un processus bien plus complexe qu’il n’y paraît. Quand on parle monotypie, les marins pensent surtout à la forme et au poids de la coque. Mais nous sommes allés beaucoup plus loin, nous sommes allés jusqu’à mesurer le poids et la longueur de chaque câble électrique.

 

Le premier bateau ne sera pas un prototype, il sera exactement comme les autres. D’où le temps nécessaire à sa construction. À Multiplast par exemple, ils ont développé une nouvelle technologie laser pour placer tous les éléments de l’accastillage au même endroit. On parle d’une marge d’erreur de moins d’un millimètre !

 

Et comme le planning est très serré et que pas mal d’entreprises sont en jeu, la gestion du projet est complexe. Tu peux mettre en place toutes les procédures que tu veux, mais c’est surtout la motivation des personnes impliquées qui compte. J’ai rencontré la plupart des équipes et je suis impressionné par leur enthousiasme. C’est un projet important, un projet de grande ampleur, et je crois que chacun des prestataires a compris que ça ne pouvait fonctionner qu’en travaillant ensemble.

 

Avant, ces chantiers étaient concurrents. Aujourd’hui, le succès de ce bateau sera la somme du travail de chacun. On peut construire une coque solide mais ça ne servira à rien si le mât est de travers ou si les safrans ne sont pas pareils.

 

Ultime objectif, la fiabilité de ce futur Volvo Ocean 65. Un de nos buts était de construire un bateau solide, plus solide qu’avant. Mais dans notre industrie, tout le monde se bagarre pour le poids. Ce n’est pas facile de construire un bateau rapide mais c’est facile de construire un bateau léger. Cette fois, il ne s’agit plus de construire le plus léger possible, il s’agit de construire un bateau plus solide et qui dure plus longtemps. Tout le monde doit penser de la même manière. C’était un challenge. Je crois qu’on y est arrivé !

 

Maintenant, il est temps de rassembler les pièces et de voir ce que donne ce deuxième puzzle …

 

Rubicube, phase pont. © Yann Penfornis / Multiplast

Rubicube, phase pont. © Yann Penfornis / Multiplast

Rubicube, phase coque. © Mark Somerville / Persico

Rubicube, phase coque. © Mark Somerville / Persico

Rubicube, phase assemblage. © DR

Rubicube, phase assemblage. © DR