Il y a tellement de choses à dire sur ce Vendée Globe qui se termine … La dernière fois que j’ai écrit sur ce blog, les premiers n’étaient pas encore arrivés. François Gabart et Armel Le Cléac’h n’avaient pas encore explosé la barre des 80 jours.

 

Pour moi, c’est assez spécial parce que je me rappelle bien la première fois qu’un bateau a réussi à faire le tour du monde en moins de 80 jours. C’était le Commoder Explorer de Bruno Peyron en 1993 et mes amis Jacques Vincent et Cam Lewis étaient à bord. Je m’en rappelle, je commençais juste à faire la Whitbread et tout le monde se demandait si c’était possible de faire le tour en moins de 80 jours … Ils avaient réussi.

 

Et maintenant ! Les deux premiers du Vendée ont terminé en 78 jours. Deux mecs seuls sur leurs monocoques. 20 ans plus tôt, c’était un multicoque mené en équipage qui y arrivait … C’est fantastique. Vraiment, vraiment impressionnant.

 

François et Armel laissent aussi derrière eux une situation complexe. Ils ont monté le niveau et ça ne va pas être simple de suivre. On a eu la même chose en 97 à la Volvo : tout d’un coup, certaines équipes ont monté en niveau. J’en ai déjà parlé ici : quand une régate gagne en niveau sportif, moins de personnes peuvent y participer, les amateurs ont plus de mal.

 

Compétitivité mise à part, notre organisation regarde aussi de près leurs bateaux. Les Imoca 60 et les nouveaux Volvo Ocean 65 seront différents, mais ils auront quand même un ADN similaire. Des monocoques rapides qui planent, de longueur semblable, avec beaucoup de puissance et de stabilité grâce à leurs carènes, leurs quilles et ballasts. Les forces qui s’y appliquent sont énormes – c’est ce qui les rend si rapides. Du coup, il faut que les autres éléments comme les gréements soient légers pour que les bateaux soient stables. On l’a vu sur ce Vendée, la classe Imoca a un problème avec ses quilles. J’espère, je suis sûr qu’ils vont le régler.

 

Pour nous, le problème est différent. Depuis la jauge des Volvo Open 70 en 2005-06, la Volvo n’autorise que des quilles fondues à partir d’un bloc d’acier. Pas de voile de quille soudé, usiné ou creux. Les quilles des Imoca sont très différentes, elles ne répondent pas aux mêmes restrictions. Nous imposons des forces de talonnage plus élevées, d’autres spécificités en termes de matériel et d’effort. C’était le cas pour les VO70 et ce sera encore plus le cas pour le nouveau monotype VO65.

 

Ceci dit, c’est facile de critiquer ! Les bateaux du Vendée font le tour du monde sans s’arrêter, sans escale pour que les équipes techniques vérifient l’état du matériel … Au final, ce Vendée a été une très belle course, très réussie.

 

Ce que j’ai vraiment aimé, c’est qu’ils célèbrent le simple fait de terminer. Oui, faire le tour du monde en solitaire sur ces bateaux est un exploit ! Plus la voile se professionnalise, plus on célèbre le vainqueur et le résultat pur. La Volvo, par exemple, est à un tel niveau que le résultat éclipse parfois la simple prouesse de ceux qui ont participé. Dans la voile, la Coupe ou la Volvo, le vainqueur gagne tout, ‘the winner takes it all’. C’est naturel et tous les sports évoluent vers une professionnalisation.

 

Mais, en regardant les arrivées du Vendée, j’ai vu avec bonheur le public célébrer tous les marins et pas seulement les vainqueurs – Jean Le Cam sautait dans tous les sens ! C’est un peu nostalgique de regretter le temps où on naviguait pour le plaisir mais c’était réellement émouvant.

 

Un mot enfin sur mon ami Thomas Coville, qui a dû abandonner sa tentative de record en solitaire sur la Route de la Découverte. Connaissant Thomas (on était ensemble sur djuice en 2001-02 et je l’ai retrouvé sur la dernière Volvo qu’il a gagnée avec Groupama), ça devait être une sacré blessure au mollet pour qu’il rentre à terre. Il ne s’arrête pas si facilement !

 

La joie de Jean Le Cam et sa manière bien à lui de fêter son arrivée … Un pied de nez à la professionnalisation de notre sport ? © Olivier Blanchet / DPPI