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Monthly Archives: février 2013

Premier puzzle

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Et si on jouait un peu ? À la Volvo, on a quelques puzzles en cours qui pourraient vous amuser …

 

Premier casse-tête : le parcours. Le choix des différentes escales de la prochaine édition est un procédé intéressant. La complexité de cette sélection tient au fait que peu d’évènements sportifs en sélectionnent autant. Mais l’avantage évident, c’est qu’il n’y a pas besoin de construire de stade ! Un plan d’eau suffisamment profond pour nos monocoques nous suffit. La plupart des villes côtières peuvent donc être candidates.

 

Avant 2008-09, les organisateurs de la Volvo décidaient d’une route maritime puis demandaient aux ports placés sur ce parcours s’ils acceptaient d’accueillir la flotte. Aujourd’hui, on organise une véritable enchère professionnelle, comme beaucoup d’autres sports.

 

Comment ça se passe ? Les ports déposent leurs candidatures (plus de 70). On les regroupe par zone (Amérique du Sud, Amérique du Nord, Europe, Moyen-Orient, Asie, Océanie, …). On fait alors une première estimation du parcours en éliminant les régions où l’on ne souhaite pas naviguer. À ce stade, la durée de la course, la météo et les conditions de navigation sont des facteurs clef. Le Grand Sud ne se traverse ni trop tôt ni trop tard, par exemple, pour éviter l’hiver austral. Les alizés soufflent à certaines dates. Ceci dit, les bateaux sont de plus en plus rapides et on peut donc aller plus loin qu’avant. Il y a 20 ans, ça aurait pris trop de temps d’aller en Chine ou aux Emirats !

 

Une fois cette sélection régionale faite, on a une idée du nombre d’escales souhaité. On fait alors plusieurs routages selon les différentes options, un routage pour le porte-containeurs qui livrera le matériel pour les villages de la course et un routage pour le nouveau monotype. À Alicante, Gonzalo Infante travaille quasiment à plein temps sur ces simulations en utilisant une quinzaine d’années de données météo ! Une première estimation en termes de transport maritime et de navigation est obtenue grâce à toutes ces simulations.

 

C’est à ce moment-là que notre stratégie rentre en jeu. La course doit être attractive pour les marins, avec des conditions variées, une flotte resserrée et un bon morceau de Grand Sud. On veut aussi que les concurrents passent le plus possible de jours en mer, et non pas à terre. D’où l’usage des waypoints pour rallonger certaines étapes, comme Lisbonne – Lorient l’an passé. L’héritage de la course joue aussi un rôle : c’est  important de s’arrêter là où la voile a un vrai impact, là où la course a une histoire. Lorient, Auckland ou Newport en sont de bons exemples.

 

 

Sur les rayons de la bibliothèque du QG d'Alicante ... © Volvo Ocean Race

Sur les rayons de la bibliothèque du QG d’Alicante … © Volvo Ocean Race

 

 

On ne veut pas non plus changer toutes les escales, on reconduit volontiers celles qui ont été un succès lors de l’édition précédente. Ceci dit, la course ne doit pas être toujours la même, il faut de la nouveauté pour les marins, le public, les médias et les sponsors. C’est ainsi qu’on a ajouté de nouveaux territoires lors des deux dernières éditions.

 

Et puis, évidemment, on cherche à s’ouvrir à de nouveaux marchés. C’est pour ça qu’on a commencé à aller en Chine, en Inde, au Moyen-Orient … Ça se construit sur le long terme. Il faudra plusieurs années avant que notre sport y gagne en notoriété. On n’y va pas juste pour tester le terrain, il y a une stratégie derrière ces choix.

 

Une fois toutes ces infos rassemblées, l’enchère peut commencer. C’est une vraie compétition et une vraie fierté pour nous, car elle est significative de l’importance de notre événement. Dans certaines régions, cinq ou six villes se battent pour accueillir la course ! Les contrats y gagnent en qualité mais, surtout, les villes sont réellement motivées. C’est important parce que les escales sont organisées en partenariat avec les ports. La Volvo Ocean Race ne se charge pas de tout, au contraire ! Ce serait impossible de s’occuper à 100 % de 10 escales autour du monde. La motivation des villes avec qui nous signons est importante.

 

Les conditions du contrat sont ensuite passées au crible – infrastructures, distances, tirant d’eau, chambres d’hôtel, … Une première sélection est faite et la moitié des ports est généralement éliminée.

 

 

... Il y a beaucoup, beaucoup de livres sur les escales passées et présentes de la course. © Volvo Ocean Race

… Il y a beaucoup, beaucoup de livres sur les escales passées et présentes de la course. © Volvo Ocean Race

 

 

À partir de là, nous regardons quelles sont nos meilleures options. Beaucoup de monde semble croire que l’argent est notre seul motif. En réalité, ce n’est pas la pièce la plus importante du puzzle. La pièce cruciale, c’est la motivation des villes. Et elles peuvent le montrer de différentes manières : en payant, oui, mais aussi en planifiant beaucoup de choses, en nous accordons une belle place dans leur calendrier … Pour certaines villes, la Volvo est l’événement le plus important de l’année, pour d’autres, nous sommes une activité parmi d’autres. Un parcours réussi mélange des escales comme Itajaí, où nous sommes l’animation annuelle, et des villes plus importantes, où nous comptons moins mais où la logistique est facilitée.

 

Une année est nécessaire pour étudier ces différentes possibilités et visiter chaque ville. Un premier parcours se dessine mais Volvo Group et Volvo Cars, nos propriétaires, doivent le valider. Ceci dit, ils sont d’accord avec nous 9 fois sur 10. Mais il nous faut aussi prendre en compte les exigences des équipes, des autres partenaires et des médias.

 

Les cerises sur le gâteau, ce sont les jours fériés des différents pays visités. Le Nouvel An chinois, le Ramadan, le Solstice d’été en Suède, … Les conférences et les autres évènements sportifs qui peuvent prendre place au même moment … Le problème de la piraterie se pose aussi.

 

C’est un puzzle incroyablement compliqué. Et ce qui est fascinant, c’est que la voile reste un sport imprévisible. Les estimations de temps d’arrivée peuvent beaucoup varier et les villages de la course doivent être toujours prêts à accueillir la flotte.

 

La régate est imprévisible. C’est ce qu’on aime, mais c’est aussi ce qui nous fait des cheveux blancs.

 

La semaine prochaine, je vous parle de notre deuxième puzzle : notre nouveau bateau, le monotype Volvo Ocean 65. D’ici là, jouez bien !

 

Un point sur le parcours, dont les ports sont publiés au compte-goutte ces jours-ci : l’édition 2014-15 partira d’Alicante en Espagne pour Recife puis Abu Dhabi. Les marins feront ensuite escale à Auckland, en Nouvelle-Zélande, avant d’enrouler le cap Horn et de s’arrêter une nouvelle fois au Brésil, à Itajaí. D’Itajaí ils remonteront vers le port américain de Newport, Rhode Island. La course se terminera à Göteborg, en Suède.

Les ports restants, les distances et les dates des étapes bientôt annoncés. 

Beaucoup d’émotion, un peu de nostalgie

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Il y a tellement de choses à dire sur ce Vendée Globe qui se termine … La dernière fois que j’ai écrit sur ce blog, les premiers n’étaient pas encore arrivés. François Gabart et Armel Le Cléac’h n’avaient pas encore explosé la barre des 80 jours.

 

Pour moi, c’est assez spécial parce que je me rappelle bien la première fois qu’un bateau a réussi à faire le tour du monde en moins de 80 jours. C’était le Commoder Explorer de Bruno Peyron en 1993 et mes amis Jacques Vincent et Cam Lewis étaient à bord. Je m’en rappelle, je commençais juste à faire la Whitbread et tout le monde se demandait si c’était possible de faire le tour en moins de 80 jours … Ils avaient réussi.

 

Et maintenant ! Les deux premiers du Vendée ont terminé en 78 jours. Deux mecs seuls sur leurs monocoques. 20 ans plus tôt, c’était un multicoque mené en équipage qui y arrivait … C’est fantastique. Vraiment, vraiment impressionnant.

 

François et Armel laissent aussi derrière eux une situation complexe. Ils ont monté le niveau et ça ne va pas être simple de suivre. On a eu la même chose en 97 à la Volvo : tout d’un coup, certaines équipes ont monté en niveau. J’en ai déjà parlé ici : quand une régate gagne en niveau sportif, moins de personnes peuvent y participer, les amateurs ont plus de mal.

 

Compétitivité mise à part, notre organisation regarde aussi de près leurs bateaux. Les Imoca 60 et les nouveaux Volvo Ocean 65 seront différents, mais ils auront quand même un ADN similaire. Des monocoques rapides qui planent, de longueur semblable, avec beaucoup de puissance et de stabilité grâce à leurs carènes, leurs quilles et ballasts. Les forces qui s’y appliquent sont énormes – c’est ce qui les rend si rapides. Du coup, il faut que les autres éléments comme les gréements soient légers pour que les bateaux soient stables. On l’a vu sur ce Vendée, la classe Imoca a un problème avec ses quilles. J’espère, je suis sûr qu’ils vont le régler.

 

Pour nous, le problème est différent. Depuis la jauge des Volvo Open 70 en 2005-06, la Volvo n’autorise que des quilles fondues à partir d’un bloc d’acier. Pas de voile de quille soudé, usiné ou creux. Les quilles des Imoca sont très différentes, elles ne répondent pas aux mêmes restrictions. Nous imposons des forces de talonnage plus élevées, d’autres spécificités en termes de matériel et d’effort. C’était le cas pour les VO70 et ce sera encore plus le cas pour le nouveau monotype VO65.

 

Ceci dit, c’est facile de critiquer ! Les bateaux du Vendée font le tour du monde sans s’arrêter, sans escale pour que les équipes techniques vérifient l’état du matériel … Au final, ce Vendée a été une très belle course, très réussie.

 

Ce que j’ai vraiment aimé, c’est qu’ils célèbrent le simple fait de terminer. Oui, faire le tour du monde en solitaire sur ces bateaux est un exploit ! Plus la voile se professionnalise, plus on célèbre le vainqueur et le résultat pur. La Volvo, par exemple, est à un tel niveau que le résultat éclipse parfois la simple prouesse de ceux qui ont participé. Dans la voile, la Coupe ou la Volvo, le vainqueur gagne tout, ‘the winner takes it all’. C’est naturel et tous les sports évoluent vers une professionnalisation.

 

Mais, en regardant les arrivées du Vendée, j’ai vu avec bonheur le public célébrer tous les marins et pas seulement les vainqueurs – Jean Le Cam sautait dans tous les sens ! C’est un peu nostalgique de regretter le temps où on naviguait pour le plaisir mais c’était réellement émouvant.

 

Un mot enfin sur mon ami Thomas Coville, qui a dû abandonner sa tentative de record en solitaire sur la Route de la Découverte. Connaissant Thomas (on était ensemble sur djuice en 2001-02 et je l’ai retrouvé sur la dernière Volvo qu’il a gagnée avec Groupama), ça devait être une sacré blessure au mollet pour qu’il rentre à terre. Il ne s’arrête pas si facilement !

 

La joie de Jean Le Cam et sa manière bien à lui de fêter son arrivée … Un pied de nez à la professionnalisation de notre sport ? © Olivier Blanchet / DPPI